L’affaire Barbara Butch, après le débat autour du film Oui de Nadav Lapid, confirme que le boycott est une arme redoutable, et pas seulement pour ceux qui en sont la cible. Ce devrait être banal de le dire, mais un acte se juge à ses conséquences. L’opération conduite au mois de juillet par des militants se réclamant de la cause palestinienne n’a pas seulement eu pour effet d’interrompre violemment le concert de la DJ Barbara Butch à Grenoble, elle est revenue en boomerang à la face de ses initiateurs et de ses commanditaires, en l’occurrence la section locale de LFI, allant jusqu’à éclabousser les responsables nationaux de cette organisation. Elle a permis le déploiement habituel d’un procès en antisémitisme, notamment sous la plume de Gabriel Attal, sorte de porte-parole officieux du Crif. Elle a contraint plusieurs figures de la gauche à prendre heureusement leurs distances avec cette action.
Il nous faut dénoncer le blocage idéologique qui protège le gouvernement israélien, et qui renvoie à notre propre paysage politique.
C’est pour éviter cette dérive et cette récupération que les partisans du boycott doivent se garder de tout essentialisme. On n’est jamais coupable d’être israélien ou juif. C’est bien pourquoi l’autre appel au boycott, qui a visé le cinéaste Nadav Lapid, est très problématique. Pourquoi devrait-il être boycotté ? Parce qu’il est israélien ou parce qu’il a reçu 12 % du financement de son film de l’Israël Fund, entité indépendante de l’État ? D’autant, comble de l’ironie, que Lapid a fait appel à ce fonds parce que l’Union européenne lui avait refusé la moindre subvention au prétexte à peine voilé que son film était trop anti-israélien.
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Auteur: Denis Sieffert
