Je n’ai jamais douté des capacités de nombreuses organisations patronales à faire oublier une chose : un travailleur est aliéné lorsqu’il devient étranger à son travail productif. Dans le système capitaliste, il s’investit pour contribuer à l’enrichissement d’un autre. À la fin de mes études, dans une école de journalisme pour travailleurs handicapés, ma maison départementale des personnes handicapées (MDPH) m’a orienté vers un établissement d’insertion par le travail.
Toute personne titulaire de l’Allocation aux adultes handicapés (AAH) peut cumuler ses minima sociaux avec une activité professionnelle, sous réserve d’un abattement sur les revenus déclarés. Je touche chaque mois 1 023 euros d’AAH, augmentés des bénéfices que me verse une plateforme de commerce en ligne, estimés entre 200 et 500 euros selon les mois. J’ai de quoi vivre juste au-dessus du seuil de pauvreté.
La carte de presse, délivrée par la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP), repose sur une définition légale. L’un des critères pour obtenir ce précieux sésame est bloquant pour les personnes dans la même situation que moi : il faut exercer une activité au sein d’une entreprise de presse, rémunérée dans un cadre assimilable au salariat (les piges, par exemple). Même le journaliste le plus précaire reste juridiquement salarié d’une rédaction, organisation au sein de laquelle mes troubles neurodéveloppementaux sont souvent mal compris. Des troubles qui ne m’empêchent
Auteur: Oscar Tessonneau
