Quatre-vingts ans après la libération du camp de concentration d’Auschwitz et la fin de la Seconde Guerre mondiale, on ne sait toujours pas combien de personnes catégorisées comme « Nomades » furent assignées à résidence, internées sur le territoire français ou assassinées. Pourtant, les listes établies par les autorités françaises et nazies sont librement consultables. La base de données collaborative NOMadeS, mise en ligne en décembre 2024, a pour but de compter, mais surtout de nommer les victimes de cette persécution.
La persécution des collectifs romani et voyageurs en France n’a pas commencé avec la Seconde Guerre mondiale. En 1912, les députés de la IIIe République prirent des mesures discriminatoires vis-à-vis des Roms, des Manouches, des Yéniches, des Sinti, des Gitans et des Voyageurs : ils votèrent une loi regroupant les personnes « présentant le caractère ethnique particulier aux romanichels, bohémiens, tziganes, gitanos » dans la catégorie administrative de « Nomades ».
Le port d’un carnet anthropométrique leur fut imposé : l’administration devait mesurer la hauteur de leur taille, la longueur et la largeur de leur tête, et, entre autres, la longueur de l’oreille droite. Quelques années après l’application de cette loi, le ministère de l’intérieur créa un « service central des nomades » chargé de compter plus précisément encore le nombre de « Nomades » circulant sur le territoire métropolitain.
Le 6 avril 1940, avant même l’occupation de la France par les Allemands, un décret interdit la circulation des « Nomades » : les préfets étaient libres de choisir entre assignation à résidence et internement dans un camp. Ce décret fut le début d’un comptage quotidien : tous les jours les gendarmes venaient vérifier que le bon nombre de personnes se trouvait en résidence forcée ; tous les matins et tous les soirs, les internés des camps étaient…
Auteur: Lise Foisneau, anthropologue, chargée de recherche au CNRS, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

