« Bon appétit » ou « bonne dégustation » ? Derrière ce choix apparemment anodin se cache un débat qui révèle de subtiles tensions entre évolutions linguistiques et volonté d’exprimer un rang social.
Traditionnellement, « bon appétit » était la formule courante pour souhaiter un « agréable repas » ou un « agréable moment ». Autour des années 2010, de plus en plus de serveurs ont commencé à prononcer « bonne dégustation » en lieu et place de « bon appétit ». Cette évolution touche autant à la subtilité de la langue française qu’aux codes sociaux de la restauration.
Les origines de « bon appétit »
« Bon appétit » se dit, sans nécessairement être réfléchi, en guise de mots de convivialité, à l’accoutumée en début de repas. Il s’agit d’un pragmatème (une formule énoncée dans un contexte particulier, dont la composition a souvent été oubliée par le locuteur).
Le mot appétit tire ses origines du latin appetitus « désir », dérivé du verbe appetere « tendre vers, désirer, convoiter ». Selon le dictionnaire historique Trésor de la Langue française, si l’appétit peut se référer à différentes formes de désir, il désigne d’abord une
« Inclination liée à une fonction naturelle, ayant pour objet le bien-être de l’organisme ».
La même source nous indique que « bon appétit » se définit comme :
« Souhait que l’on adresse à quelqu’un qui mange ou va manger ».
Cette expression peut donc prescrire la volonté de souhaiter à autrui de se sustenter suffisamment, de manière que la satiété advienne et que la digestion se passe bien. Elle est apparue au XVIIᵉ siècle.
Les bonnes manières du XVIIᵉ siècle
Publications de l’université de Saint Etienne
L’usage de « bon appétit » semble…
Auteur: Kilien Stengel, Enseignant spécialiste des discours gastronomiques et alimentaires, chercheur associé, Université de Tours

