Rouen (Seine-Maritime), correspondance
Une ville plongée dans une nuit noire et calme, seulement ponctuée du cri d’une chouette et de quelques bruissements de feuilles et d’insectes, où les rares voitures encore en circulation roulent au pas dans des rues rouvertes aux mobilités douces. Si ce rêve d’une urbanité respectueuse de la vie nocturne semble hautement désirable pour certains, il suscite des craintes pour d’autres : augmentation de l’insécurité, des accidents de la route ou risque d’une diminution de l’accessibilité de certains espaces, notamment pour les femmes.
Dans la presse locale ou au sein des collectivités, les débats sont souvent extrêmement polarisés entre partisans et opposants à l’extinction nocturne, qui se renvoient inlassablement l’argument de la sécurité et celui de la défense du vivant.
Une simple route peut être une barrière infranchissable
Sur ce dernier point, il n’y a pas de doute, l’extinction nocturne est gagnante. Selon une étude de l’Ademe de 2017, les 11 millions de lumières que compte l’éclairage public en France représentaient une puissance de 1 300 mégawatts, soit autant qu’un réacteur nucléaire récent. Leur extinction permet donc des économies importantes pour les collectivités, qui ont été nombreuses à sauter le pas ces dernières années. Entre 2022 et 2023, les émissions lumineuses de l’Hexagone ont ainsi chuté de 25 %.
L’extinction est aussi très bénéfique pour le vivant, alors que 30 % des vertébrés et 65 % des invertébrés ont un mode de vie nocturne. Chez certaines espèces attirées par la lumière, les éclairages agissent comme de véritables pièges, provoquant l’épuisement des individus ou l’augmentation de leur prédation alors que d’autres vont, au contraire, fuir la lumière. Pour ces dernières, une simple route illuminée peut représenter une barrière aussi infranchissable qu’un barrage pour des poissons…
Auteur: Guénolé Carré

