Pourquoi des lycées brûlent-ils ?

Incarcéré dans le quartier d’isolement de Fleury-Mérogis, Ritchy Thibault poursuit néanmoins sont travail journalistique pour lundmatin. Il s’interroge ici sur le triste sort que certains lycéens ont réservé à leur établissement.

« La grande nuit dans laquelle nous fûmes plongés, il nous faut la secouer et en sortir. Le jour nouveau déjà se lève, il doit nous trouver fermes, avisés et résolus. »
Franz Fanon, Les damnés de la terre

Où le surgissement lycéen a-t-il débuté ? Sur quelles terres la gestation de cette insurrection a-t-elle eu lieu ? Cette enthousiasmante irruption populaire a d’abord pris forme dans les territoires prolétariens qui sont sous le joug d’une gestion coloniale. Que ce soit dans les pays colonisés comme la Guyane et Mayotte ou bien dans les quartiers où sont ghettoïsées racialement les personnes issues de l’immigration coloniale et postcoloniale, tels Créteil et Saint-Denis.
Pour la jeunesse de manière générale, mais plus encore pour celle de condition subalterne, il nous faut analyser ce qu’incarne et représente le lycée. Sans cette étape préalable, il est impossible d’avoir la moindre compréhension de la mobilisation en cours.

Que représente le lycée et pourquoi l’abattre ?

Le lycée est la dernière étape de domestication avant l’âge adulte. C’est une institution disciplinaire. Un rythme infernal et nocif nous y est imposé. Les journées s’étalent souvent de 6h à 21h, entre le réveil et la fin des devoirs. C’est une véritable torture infligée à des corps et des esprits qui ne sont même pas encore arrivés au terme de leur développement biologique. Une certaine posture du corps est imposée, ainsi que le silence. Il faut lever la main avant de parler. En somme, se soumettre aux codes de bienséance attendus par la société et celui ou celle qui s’en écarte termine puni et sanctionné. Les diverses sonneries vous mettent au pas, en vous imposant…

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Auteur: dev