Le sabotage s’inscrit dans une tradition plus que centenaire, longtemps promue par le mouvement ouvrier et tombée en déshérence, au profit de formes de résistance plus instituées comme la grève ou, nettement moins efficace, le « dialogue social » entre « partenaires sociaux ». Le sabotage au travail a pourtant longtemps été portée par le mouvement ouvrier comme une modalité de reprise en main de son travail. Il ne s’agissait pas forcément de détruire des machines mais de faire autre chose que ce que l’on nous demandait : et si le sabotage au travail était encore de nos jours une façon de reprendre le pouvoir sur son travail et, à terme, de changer la société ?
Saboter pour faire du bien
Véronique*, secrétaire médicale, a bien voulu me raconter, de façon anonyme, ses actions préférées, dont la liste est impressionnante : elle fait annuler les dettes des patients les plus précaires, en inscrivant une mention “dette annulée” dans le logiciel du cabinet, elle ne rappelle pas les personnes précaires pour les rappels de facture… Mais elle fait également un travail méthodique pour faire en sorte que les médecins s’impliquent dans le soin et dans le suivi des patients. Pour cela, Véronique m’a détaillé des procédés qu’on ne diffusera pas pour sa propre protection. L’un est particulièrement plaisant, pour toutes celles et ceux qui se sont régulièrement fait bolosser pour obtenir un rendez-vous : “Je dis oui aux personnes qui appellent au dernier moment pour une consultation et je les rajoute le soir afin de dire aux médecins “j’ai fait comme la dernière fois quand vous aviez pu prendre A à cette heure-ci”. Le A en question, m’explique Véronique est “leur pote qui a les moyens”.
Zoé*, quant à elle, cherche à agir différemment du cadre procédurier imposé par la bibliothèque municipale où elle travaille : “Mes collègues ont souvent une forte tendance à jouer les…
Auteur: Nicolas Framont

