La coalition gouvernementale post-électorale entre le bloc macroniste et le parti LR est un fait inédit de la Ve République française. Si cette pratique est la norme dans les régimes parlementaires européens, son caractère de « coalition des perdants » et l’absence d’entente programmatique préalable entre les partenaires « forcés » sont des faiblesses structurelles qui s’ajoutent à sa position très minoritaire à l’Assemblée. Le gouvernement Bayrou n’est pas dépourvu de marges de manœuvre mais celles-ci sont très étroites.
Le premier tour de l’élection législative partielle à Boulogne-Billancourt, début février 2025, a vu s’affronter pas moins de quatre candidatures issues du « socle commun » soutenant le gouvernement. Une fragmentation qui témoigne des relations toujours très froides entre les partenaires des équipes ministérielles de Michel Barnier puis de François Bayrou.
Une coalition post-électorale inédite sous la Vᵉ République
Les élections anticipées de 2024 ont produit l’Assemblée nationale la plus fragmentée de toute la Ve République, dans laquelle aucune des trois principales coalitions présentées au corps électoral – le Nouveau Front populaire, la coalition macroniste Ensemble pour la République et l’union du RN et des ciottistes – n’approche la majorité absolue. Une configuration qui tranche radicalement avec l’habitude de majorités fortes et stables depuis l’émergence du « fait majoritaire » en 1962 – car même les majorités relatives de 1988 et 2022 étaient beaucoup moins éloignées de la moitié des sièges.
Cette fragmentation sans précédent a donné lieu à une pratique inédite sous la Ve République : une coalition post-électorale, c’est-à-dire entre des forces politiques s’étant toujours présentées séparément aux élections, à savoir la coalition présidentielle EPR (Renaissance, MoDem et Horizons) et le parti…
Auteur: Damien Lecomte, Docteur en sciences politiques, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

