Allumer la radio, ouvrir un site d’actualité ou feuilleter un journal donne souvent la même impression : agressions, vols, crimes, drames. Les faits divers occupent une place démesurée dans l’espace médiatique, au point de devenir, pour beaucoup, la principale grille de lecture du réel. Pourtant, cette focalisation n’est ni neutre ni anodine. Elle a des effets politiques profonds, notamment en nourrissant le sentiment d’insécurité et, par ricochet, la progression de l’extrême droite.
- Pourquoi il est salutaire de cesser de lire les faits divers dans la presse
Le fait divers : une loupe déformante
Un fait divers est, par définition, un événement isolé. Pris individuellement, il peut être choquant, tragique, parfois révoltant. Mais leur accumulation quotidienne crée une illusion statistique : celle d’un monde de plus en plus violent, alors même que de nombreux indicateurs montrent une réalité bien plus nuancée, parfois même en amélioration.
Le problème n’est pas l’existence des faits divers, mais leur surexposition, souvent sans contextualisation ni hiérarchisation. À force de répétition, l’exception devient la règle et l’émotion remplace l’analyse.
Lire les faits divers, c’est alimenter la machine
Il faut aussi regarder le rôle que nous jouons en tant que lecteurs. Chaque clic sur un article de fait divers, chaque minute passée à regarder une chaîne d’info en continu, fait de l’audience. Or l’audience est la boussole principale du système médiatique actuel.
Plus un type de contenu est consommé, plus il est produit. En lisant massivement les faits divers, nous envoyons un signal clair : c’est cela que nous voulons. La presse, soumise à des contraintes économiques fortes, ajuste alors ses choix éditoriaux en conséquence. Résultat : toujours plus de faits divers, toujours plus spectaculaires, toujours plus anxiogènes.
Ce n’est pas nécessairement le fruit d’un complot, mais d’un…
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