« Économiser des ressources », « les consommer de façon plus responsable », « mieux les gérer » ou « mieux les préserver », les expressions ne manquent pas pour exprimer l’urgence face à la catastrophe écologique en cours. Elles soulignent aussi la nécessité de réduire l’emprise qu’une part de l’humanité exerce sur les ressources terrestres. Le récent discours du président de la République sur la planification écologique en est un exemple, parmi d’autres. Et déjà, certains se préoccupent des ressources extraterrestres abritées par les corps célestes…
Sans doute sommes-nous toutes et tous d’accord sur le principe : qui nierait que les humains doivent se montrer « plus responsables » dans leurs pratiques s’ils ne veulent pas hypothéquer l’avenir ? Mais l’usage — souvent inflationniste — du terme « ressource » et la multiplication tous azimuts des sommations associées posent de sérieux problèmes sur lesquels il est tout aussi urgent de s’arrêter.
Les ressources a priori n’existent pas
Une ressource, en effet, ce n’est pas une qualité substantielle que certaines choses auraient alors que d’autres non. C’est plutôt une relation d’usage, un rapport de moyen à fin. Toute chose peut tenir lieu de ressource, mais le monde n’est pas composé de ressources a priori.
Ainsi le pétrole ne se donne pas comme ressource dans l’environnement, il faut un travail considérable pour qu’il puisse finalement servir à la locomotion. L’eau s’offre parfois de façon plus spontanée. Mais pour devenir ressource et servir à l’agriculture — ou à la continuité physiologique des êtres vivants — elle doit en général être découverte, stockée (dans le creux d’une main aussi bien que dans un réservoir), canalisée, traitée et/ou transportée.
Capitalisme et rapport utilitariste
Ce qui qualifie une ressource, c’est donc un caractère de disponibilité, conséquence…
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Auteur: Léo Mariani, Anthropologue, Maître de conférence Habilité à diriger des recherches, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

