« L’Art de la guerre », de Sun Tzu, écrit il y a quelque 2 500 ans, fait toujours autorité aujourd’hui. C’est à une autre forme d’art que s’attaque aujourd’hui Bertrand Badie : l’art de la paix, concept dont il propose une définition novatrice, en s’appuyant sur les plus grands penseurs. C’est le thème de son dernier ouvrage, qui vient de paraître chez Flammarion, et dont nous vous présentons ici des extraits de l’introduction.
J’étais face à un amphi, ce printemps 2017, à Conakry, pour traiter de la guerre et de la paix. Mon introduction se proposait d’accrocher l’attention du public, essentiellement guinéen, afin de l’entretenir de ce problème cruellement familier. Avec gravité, je soulignais à quel point, au fil des siècles, on s’était habitué à considérer la paix comme étant simplement la « non-guerre », acceptant ainsi, comme un triste aveu, que la belligérance fût installée à tout jamais dans les profondeurs de la nature humaine.
L’idée me semblait banale tant elle avait été validée par une cohorte de philosophes, penseurs et savants de tout acabit. Elle relevait même de la rhétorique courante, jusqu’à celle du café du commerce. Glorieusement initiée par Héraclite, au VIe siècle avant notre ère, cette conception rendait trop de services à trop de monde, hélas, pour être abandonnée facilement.
Un jeune Peul se dressa alors sur son siège pour m’adresser la plus rassurante des objections : « Chez nous, en langue pulaar, la paix a un sens positif et veut dire la santé morale et physique du groupe. » Tel est en effet le sens de njamu, proche aussi d’un autre mot qui me fut indiqué, weltaare, la « réjouissance du cœur ». J’appris un peu plus tard que la paix chez les Haoussa voisins se disait lafiha, la « tranquillité de l’esprit ».
La remarque ouvrait des perspectives passionnantes. Elle suggère déjà qu’on ne s’est pas suffisamment…
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Auteur: Bertrand Badie, Professeur de Sciences politiques, Sciences Po

