La mono-industrie minière du Nord a laissé des traces bien au-delà de l’économie de la région. Igor Paszkiewicz/Shutterstock (no reuse)
Dans le nord de la France, la progression du RN aux élections municipales de 2026 semble pouvoir s’expliquer par les difficultés sociales de l’ancien bassin minier. Mais cette lecture reste partielle. Entre le Nord et le Pas-de-Calais, deux anciens départements miniers, les écarts de résultats sont nets. Comment expliquer ces variations ?
Aux dernières municipales, le Rassemblement national (RN) semble avoir renforcé ses positions dans l’ancien bassin houiller du Nord-Pas-de-Calais. Le parti à la flamme y a conservé ou remporté une douzaine de communes, dont Liévin, Oignies, Grenay, Billy-Montigny, Courcelles-les-Lens, Pont-à-Vendin. Ce succès s’explique principalement par les difficultés sociales de ce sillon industriel et sa culture politique traditionnellement protestataire.
L’examen plus détaillé de ce territoire de 1,2 million d’habitants montre toutefois que le vote RN n’est pas totalement corrélé aux indicateurs socio-économiques et que d’autres facteurs hérités de la longue exploitation charbonnière interviennent. Ils permettent notamment de comprendre pourquoi le département du Nord échappe toujours aux progrès de l’extrême droite, à la différence du Pas-de-Calais voisin.
Les élections municipales de mars 2026 ont conforté le Rassemblement national dans ses deux bastions : le Sud-Est méditerranéen et l’ancien bassin minier. Les ressorts de ces victoires varient selon les lieux, car le vote RN capte deux catégories opposées : une bourgeoisie aisée et âgée, idéologiquement libérale mais moralement conservatrice, voire traditionaliste, d’une part, et une population précarisée séduite par un discours populiste d’autre part.
On peut ainsi identifier une « séparation entre un vote frontiste bourgeois du sud, et un vote frontiste…
Auteur: Guy Baudelle, Professeur émérite d’aménagement de l’espace-Urbanisme, Université Rennes 2
