Dans l’ombre de la hausse du mal-être chez les jeunes, une réalité persiste : la puberté marque une rupture nette entre filles et garçons. Des études menées auprès de plus de 10 000 adolescents en Espagne révèlent un écart émotionnel qui s’installe tôt – et qui ne cesse de se creuser.
Ces dernières années, on observe une hausse préoccupante des problèmes de santé mentale chez les jeunes. Pourtant, un aspect essentiel passe souvent inaperçu : cette crise psychique ne touche pas les adolescents et les adolescentes de la même manière.
Dans nos récentes études sur le sommeil, l’anxiété, la dépression, la qualité de vie et le risque de troubles alimentaires, nous avons analysé les données de plus de 10 000 adolescents espagnols âgés de 11 à 19 ans. Les résultats sont sans équivoque : non seulement le fossé émotionnel entre filles et garçons existe, mais il se manifeste tôt et s’intensifie avec l’âge.
Le fossé apparaît à la puberté
La différence entre les sexes n’est pas innée. Elle apparaît avec les changements hormonaux et sociaux de la puberté. Au départ, filles et garçons affichent un bien-être émotionnel similaire. Cependant, à partir de l’âge de 14 ans environ chez les filles, lorsque la puberté bat son plein et que les changements physiques et hormonaux s’accélèrent, les trajectoires commencent à diverger. À partir de ce moment, les filles dorment moins bien, manifestent davantage d’anxiété et rapportent plus de symptômes dépressifs.
Pour beaucoup d’entre elles, l’adolescence devient une période émotionnellement plus intense. De nombreuses jeunes filles décrivent un sentiment de vide, une confusion identitaire et une plus grande difficulté à comprendre ou à réguler leurs…
Auteur: Alejandro Legaz Arrese, Catedrático Área de Educación Física y Deporte, Universidad de Zaragoza
