De la Seconde Guerre mondiale à la guerre en Irak en 2003, l’histoire montre que les guerres aériennes ne sont pas forcément efficaces pour déstabiliser un pouvoir en place et briser le soutien que lui apporte une population.
Ukraine, Gaza, Syrie, et désormais Iran : les images de villes détruites saturent les écrans et montrent des destructions d’une ampleur extrême. Les bombardements contemporains poursuivent des objectifs très différents selon les contextes politiques et militaires. À Gaza, les frappes israéliennes visent officiellement à détruire le Hamas et à libérer des otages, mais on constate aussi une stratégie de terreur vis-à-vis des populations civiles. On retrouve aussi cette stratégie en Ukraine, avec pour objectif de briser le moral de la population, notamment avec le ciblage de la grille énergétique.
Dans le contexte plus large du conflit israélo-iranien, les frappes ont une logique partiellement distincte : Israël et les États-Unis ont mené des attaques contre des installations nucléaires et militaires iraniennes afin de détruire un programme perçu comme une menace stratégique, mais aussi afin d’amener à un changement de régime. 
Ces cas montrent que l’arme aérienne est utilisée pour atteindre des objectifs assez distincts. Or les réflexions sur l’usage des armes aériennes n’est pas nouvelle – elle a un siècle. Que nous enseigne cette histoire sur l’impact réel des stratégies de bombardements – notamment sur les populations ou les structures politiques – au-delà des pertes et des destructions matérielles ?
Pourquoi l’idée de campagnes aériennes à l’effet politique décisif est-elle toujours prisée, aujourd’hui encore, alors que de nombreux exemples montrent qu’elle est largement illusoire ?
Le mythe fondateur : Douhet et la guerre gagnée par le ciel
Dans les années 1920, le général italien Giulio Douhet (1869-1930) théorise la suprématie aérienne….
Auteur: Nicolas Minvielle, Docteur en économie, spécialiste des questions d’innovation et de défense, Audencia

