La mort du sociologue allemand Claus Offe, le 1er octobre 2025, marque la disparition de l’un des derniers intellectuels socialistes européens de l’après-guerre. Célèbre pour son analyse des contradictions des sociétés capitalistes avancées dans les années 1960 et 1970, Offe appartenait à une génération de penseurs dont l’horizon intellectuel était structuré par les questions du rapport de forces entre le travail et le capital, des possibilités et des limites des réformes dans la société capitaliste, et de l’évolution de l’économie politique du capitalisme.
Offe a apporté de nombreuses contributions sur ces terrains, qu’il s’agisse de sa participation aux débats sur l’État capitaliste ou de ses analyses pénétrantes de la structure du marché du travail. Sa contribution la plus importante, cependant, est plus difficile à classer. Son essai « Two Logics of Collective Action : Theoretical Notes on Social Class and Organizational Form », coécrit avec Helmut Wiesenthal (1946)[1], embrasse des questions allant de la nature du pouvoir de classe capitaliste au phénomène de l’opportunisme dans le mouvement ouvrier. Publié pour la première fois en 1980, il reste un texte fondamental pour quiconque cherche à faire avancer le projet socialiste.
Pour situer « Two Logics », quelques mots sur le parcours intellectuel d’Offe s’imposent. Offe est issu de l’École de Francfort, le célèbre groupe de théoriciens réuni pour la première fois dans les années 1920, dont les analyses du capitalisme et de la modernité ont servi de références majeures à de nombreux penseurs au cours du siècle suivant. Beaucoup de ses membres, comme Theodor Adorno (1903-1969), Max Horkheimer (1895-1973) et Herbert Marcuse (1898-1979), durent s’exiler avec la montée du nazisme dans les années 1930. Bien qu’ils aient pu revenir en Allemagne de l’Ouest après la guerre, la division de l’Allemagne et l’occupation…
Auteur: romain romain

