Depuis 40 ans, les haies font l’objet de politiques publiques qui tentent de dissuader les agriculteurs n’en voyant plus l’utilité de les arracher. Si l’inefficacité de ces politiques est dénoncée par le milieu associatif, la reconnaissance quasi unanime des nombreux bénéfices environnementaux et sociaux de leur maintien à différentes échelles ouvre de nouvelles perspectives.
Les actions concernant la haie se sont de fait intensifiées depuis le premier plan de développement de l’agroforesterie lancé en 2015, que ce soit pour alerter sur sa disparition, stopper son érosion (Pacte pour la haie) ou dans un autre registre, simplifier les normes susceptibles de garantir sa conservation (adoption de la Loi d’orientation agricole en discussion. Mais cela suffira-t-il à construire de nouveaux récits en matière de savoir et de savoir-faire ?
Car la haie a toujours été un objet de politisation des rapports sociaux et cristallise aujourd’hui les tensions autour des modèles agricoles à privilégier.
Ce qui se joue actuellement ne porte pas tant sur la haie elle-même que sur la manière dont elle est perçue, pensée, reliée à l’agriculture et au paysage. Car si la haie est un objet matériel avec lequel on interagit, elle est tout autant un objet social et culturel, porteur de représentations et d’affects, qu’un objet naturel inséré dans des rapports sociaux évoluant dans le temps et l’espace. Voici comment.
La haie, produit des sociétés agraires à l’époque moderne
La haie bocagère apparaît en fait assez récemment dans l’histoire agraire et est étroitement associée aux sociétés paysannes. À la Révolution française, le changement du régime de propriété et d’usage des sols, avec le développement de la petite propriété paysanne et la disparition progressive des pratiques de pacage visant à empêcher la divagation du bétail, en particulier dans les campagnes de l’ouest rend possible…
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Auteur: Florence Pinton Lescure, professeure socio-anthropologie de l’environnement, AgroParisTech – Université Paris-Saclay

