Les journalistes le restent de moins en moins longtemps, 40 % d’entre eux quittent la profession sept ans après leur première carte de presse. Un tri social qui écarte les enfants de pauvres : plus durement touché·es par la précarité et le sentiment d’illégitimité. Je suis journaliste indépendante, je parle habituellement plutôt de pop culture et de numérique. Comme beaucoup des témoignages que vous trouverez dans cet article, je ne me suis jamais, vraiment, sentie à ma place en tant que journaliste. Cet article est donc un état des lieux (sûrement un peu cathartique) d’une désillusion qui se fait dans la douleur. Attention, cet article contient des descriptions d’états psychiques abîmés par le travail, qui peuvent être éprouvants à la lecture pour des personnes qui traverseraient elles-mêmes ces états.
« Le journalisme mène à tout, à condition d’en sortir » : L’écrivain Jules Janin nous avait prévenus, il y a 200 ans. D’après le chercheur Samuel Bourron, les journalistes sont 40 % à faire ce choix, après seulement sept ans de métier. Pour Laurent Bigot, directeur de l’École publique de journalisme de Tours (EPJT), ces départs s’inscrivent en fait dans un contexte de « mobilités professionnelles globales au sein des plus jeunes générations ». Il rappelle par ailleurs qu’aucune étude d’ampleur ne permet réellement de différencier le journalisme d’autres professions.
Nous ne faisons pas le même constat. J’ai interrogé huit partant·es hors du journalisme. Toustes expriment la désillusion, la précarité et les doutes. Et dressent le portrait d’un « métier passion » qui épuise en particulier les journalistes issu·es de la « diversité » (un terme bien flou, peut-être volontairement).
Les journalistes adorent les chiffres, sauf quand il s’agit de leur propre sociologie. Il est compliqué de définir qui ils et elles sont. Les données de la commission de la…
Auteur: Zoé Keunebroek

