Dans un article récent, Bahruz Samadov, chercheur à l’Université Charles de Prague, spécialiste du Caucase et plus particulièrement de l’Azerbaïdjan contemporain, qualifiait la campagne en vue de la présidentielle anticipée de l’élection du 7 février 2024 de campagne « la plus ennuyeuse de tous les temps ». Il est vrai que ce scrutin, qui s’est soldé par la cinquième victoire, avec 92 % des suffrages dès le premier tour, d’Ilham Aliev – au pouvoir depuis 2003, après dix années de présidence de son père Heydar Aliev – était dénué du moindre soupçon de suspense.
Les libertés fondamentales sont régulièrement bafouées en Azerbaïdjan, et toutes les manifestations d’opposition véritable, quelles que soient leur échelle ou leur forme, sont muselées. Le pays, qui dispose des 20èmes réserves mondiales prouvées de pétrole (0,4 % du total) et des 25èmes réserves mondiales prouvées de gaz (0,5 % du total), fait pourtant office de partenaire de choix de nombreux acteurs internationaux, car il a acquis une position inespérée avec à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. En effet, les sanctions adoptées contre Moscou ont officiellement interdit aux Européens de se fournir en gaz russe, et l’Europe a donc choisi de doubler ses exportations en provenance d’Azerbaïdjan.
En novembre 2022, Bakou a conclu un accord avec Moscou : les Russes y exportent du gaz, officiellement destiné uniquement à la consommation intérieure, mais en réalité réexporté ensuite par l’Azerbaïdjan vers l’Europe. Le respect de cet accord Aliev-Poutine devient alors une condition sine qua non de la politique énergétique européenne. En retour, les partenaires internationaux ferment les yeux sur la réalité de la situation politique dans le pays : il s’agit d’une dictature impitoyable envers ses opposants, à la tête de laquelle se trouve une seule et même famille pratiquement depuis la chute de l’Union…
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Auteur: Élodie Gavrilof, Historienne, Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco)

