Dans les locaux d’une université vénitienne, l’IUAV, un colloque international innovant s’est tenu en mars sur le thème “Marx dans l’anthropocène”. Des chercheurs et universitaires de tous les continents s’y sont retrouvés pour s’exprimer et échanger sur un sujet dont la centralité est de moins en moins discutée à gauche : l’écosocialisme.
Le terme écosocialisme évoque peut-être quelque chose aux militants éloignés des amphithéâtres. Pour beaucoup d’universitaires progressistes, les recherches en économie, en sociologie, en philosophie se concentrent depuis quelques années sur la nécessité d’une “réforme” ou d’une “adaptation” théorique du marxisme aux nouvelles questions écologiques. Une grande diversité de courants de pensée a émergé de ces recherches. Certains considèrent le marxisme périmé, “productiviste” et “prométhéen”. D’autres considèrent au contraire qu’il faut retrouver dans les textes de Marx des conceptions ensuite malheureusement oubliées, notamment en Union Soviétique, et qui d’une certaine façon auraient anticipé la “décroissance” défendue par le mouvement écologiste occidental.
Peu considèrent enfin, pour une troisième partie d’entre eux, que toutes ces questions sont d’une certaine façon déjà traitées dans le réel, au-delà des débats théoriques entre exégètes, par les pays en lutte pour leur souveraineté et les pays en transition vers le socialisme. Dans un nécessaire pluralisme idéologique, disciplinaire, géographique, qui reflète bien les débats existants, le colloque de Venise donne la parole à ces derniers, avec force. C’est une première.
Il ne faut sans doute pas considérer le titre du colloque, “Marx dans l’anthropocène”, comme un clin d’oeil : “Marx et l’anthropocène” est aussi le titre d’un récent best seller du philosophe japonais Koheï Saïto, dont le sous-titre est “pour un communisme…
Auteur: Guillaume SUING

