La séparation des majorités présidentielle et parlementaire ouvre logiquement la voie à une nouvelle cohabitation qui permettrait à l’Assemblée nationale de retrouver son plein rôle dans la direction politique du pays. Pour la quatrième fois depuis 1958, le 7 juillet 2024 les Français n’élisent pas au Parlement une majorité décalquée de celle qui a élu le président.
Ce retour au schéma parlementaire voulu par la Constitution de 1958, fût-il rationalisé, permet de rétablir une part de l’équilibre des pouvoirs entre l’exécutif surdominé par le président et le Parlement. En tant qu’arbitre et garant de la continuité de l’État, le chef de l’État nomme le premier ministre et sur proposition de celui-ci les différents ministres. Il choisit le nom, mais cette personne doit refléter la composition majoritaire du Parlement à qui il reviendra de valider le programme du gouvernement.
L’archipel des désaccords
L’affaire fut rondement menée lors des trois cohabitations précédentes. Les choses diffèrent radicalement aujourd’hui : six semaines après le tour définitif des élections législatives, il n’y a toujours ni premier ministre ni gouvernement désigné par le Président. Délai exceptionnellement long dans l’histoire de notre République.
L’une des causes de la chute de la IVème république n’était-elle pas précisément cette longue durée des intervalles de crises ministérielles ? La dernière entre avril et mai 1958 qui emporta le régime avait duré 28 jours !
Certes, le contexte était profondément différent : la guerre d’Algérie pesait d’une manière menaçante sur les institutions, coincés qu’étaient les gouvernants entre une armée de plus en plus indisciplinée, des colons farouchement opposés à l’indépendance, des partis divisés. Mais, mutatis mutandis, les causes profondes du malaise se ressemblent : dans ce cas comme dans l’autre, il y a à l’origine…
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Auteur: Claude Patriat, Professeur émérite de Science politique Université de Bourgogne, Université de Bourgogne

