Il y a un peu plus de vingt ans, la France infligeait un désaveu historique à l’extrême droite : 82 % pour Jacques Chirac, 18 % pour Jean-Marie Le Pen. Ce score, souvent invoqué comme un rempart moral, appartient désormais à une autre époque. Non seulement le « front républicain » s’est fissuré mais l’extrême droite est devenue une force électorale structurelle, capable d’approcher les 40 %, parfois davantage dans certaines projections. Là où elle était un accident, elle est devenue un horizon possible du pouvoir.
Dans le même temps, le Portugal offrait dimanche dernier l’image inverse : une nette victoire de la gauche face à l’extrême droite. Faut-il y voir un décalage historique, un « retard » portugais sur la trajectoire française, elle-même en « retard » sur la trajectoire américaine ? Ou bien la démonstration que rien n’est inéluctable ? La tentation serait grande de se rassurer. Mais nous l’avons ici maintes fois documenté, la progression des droites radicales à l’échelle européenne, en Hongrie, en Italie, aux Pays-Bas, en Allemagne ou en Suède, indique que la France n’apparaît hélas ni comme une anomalie ni comme une exception.
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Le procès de Marine Le Pen et du Rassemblement national, dont l’épilogue judiciaire se profile pour juin prochain, s’inscrit dans cette séquence. Certains imaginent qu’une condamnation pourrait freiner l’ascension du parti. C’est méconnaître la mécanique politique à l’œuvre. Depuis des années, l’extrême droite prospère sur un récit de victimisation : élites corrompues, justice politisée, médias hostiles, etc. Une décision défavorable…
Auteur: Pierre Jacquemain

