Au procès Lafarge, les anciens dirigeants jurent n’avoir « rien su » du financement de groupes djihadistes en Syrie. Entre dénégations absurdes, contradictions et cynisme assumé, les audiences révèlent un système où chacun se défausse de toute responsabilité.
Depuis plusieurs semaines, la salle d’audience du tribunal judiciaire de Paris devient le théâtre d’un récit à la fois absurde et glaçant. Nadia Sweeny, qui couvre le procès Lafarge depuis le 4 novembre, raconte une succession d’audiences où les anciens dirigeants du cimentier, accusés d’avoir financé des groupes djihadistes en Syrie entre 2012 et 2014, se livrent à une valse de dénégations. « Les mecs, ils savaient pas », résume-t-elle, alors que 3,1 millions d’euros ont transité vers divers groupes armés.
Dans le box, ils sont huit — parmi les plus hauts cadres du groupe. Tous jurent n’avoir rien vu, rien compris, rien autorisé. Pourtant, les mails produits au dossier évoquent très clairement des « négociations » et même des « accords » avec des intermédiaires proches d’Al-Nosra ou de l’État islamique. Lorsque la présidente du tribunal leur rappelle que ces termes viennent de leurs propres échanges internes, ils se rétractent, parlant soudain de « raquette ».
Leur justification pour avoir maintenu l’usine ouverte ? Des « raisons humanitaires ». Selon eux, les salariés syriens « voulaient prouver qu’ils savaient gérer l’usine sans les expatriés ». Un argument que Nadia Sweeny juge « limite », d’autant que nombre de ces salariés se sont ensuite constitués partie civile tant leur sécurité était menacée.
À la barre, certains dirigeants se drapent même dans un héroïsme de pacotille. Bruno Pécheux affirme ainsi : « Quand vous êtes patron sur un bateau et que ça souffle, ce n’est pas le moment de partir », oubliant qu’il s’était replié à Damas dès 2012. D’autres assurent qu’ils…
Auteur: Le Média

