Au matin du 3 décembre, l’armée israélienne a lancé un raid dans le village de Misilyah, au sud de Jénine (Cisjordanie). Bouclage des voies de circulation, couvre-feu strict : l’ordre colonial. L’image d’un soldat d’occupation piétinant une tombe palestinienne a ensuite tourné. Voici une proposition de déchiffrage.
Il a vingt-sept ans. Peut-être vingt. Ou trente-cinq. Est-ce un homme ? On ne sait pas, on ne saura pas. Il a l’âge de sa panoplie : un uniforme lourd, épais, moderne, connecté et suréquipé pour la mort. Un uniforme chargé de dépenses et d’histoire, cristallisées sur des épaules, des bras, des jambes, et ce qui pourrait être une tête sous un casque. Toute la technique de programmes experts en designs militaires s’est concentrée là : pour revêtir les apparences de la vie et conspirer à son effacement. Toute l’énergie spirituelle du monde ramassée en un vêtement, convertie en signaux mécaniques, après avoir circulé par les lignes codées d’une logistique complexe, innocente et coupable. Un réduit de civilisation. Mais d’abord, on ne devine qu’un dos sur pattes. Un dos sécurisé et sans âme. D’ailleurs, ce n’est pas un dos. Et il n’est pas sur pattes. Ce soldat sans âme n’a pas non plus de corps. Ce n’est pas un démon, c’est l’image d’une fonction. Un simple chainon, le dernier : une panoplie qui improvise des mouvements et s’exécute. La panoplie du soldat d’occupation. Au matin du 3 décembre, la panoplie a pris part au raid de l’armée israélienne dans le village de Misilyah, au sud de Jénine. Bouclage des voies de circulation, couvre-feu strict. Cela, c’est l’ordre des choses de l’occupation : discipliner les vivants, les empêcher de vivre. Mais on ne pouvait pas croire qu’ils s’attaqueraient aussi aux morts dans le cimetière. D’ailleurs, ils ne s’y sont pas vraiment attaqués….
Auteur: dev

