En traversant le pont, le contraste est saisissant. D’un côté, l’Oise sillonne au milieu d’une végétation luxuriante, et on admire des martins-pêcheurs épier de potentielles proies. De l’autre, un cours d’eau rectiligne aux contours nets et nus atteste du passage récent des pelleteuses. Entre Thourotte et Montmacq (Oise), à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Compiègne, les travaux sur le premier tronçon du futur canal Seine Nord Europe ont bien débuté.
« Ce nouveau canal est provisoire, explique Antoine du collectif Mégacanal non merci !. Il permet de détourner le cours de l’Oise le temps des travaux. » À peine visible depuis le pont, une péniche Freycinet (38,5 mètres de long et 5 de large) avance au loin sur le canal du Nord. « L’idée ici est d’élargir le canal du Nord afin qu’il puisse faire passer des barges de 185 m de long pour 11,4 de large », précise Antoine. L’emprise au sol équivaudra au passage de quatre autoroutes côte à côte. L’Oise, elle, disparaîtra purement et simplement sur 10 kilomètres.
Cette zone n’est pas la seule à être menacée. « Il y a une concordance des agendas français et européens pour réindustrialiser “l’axe Seine” », explique Juliette Duszynski, cheffe du service Développement de la voie d’eau chez Voies navigables de France (VNF), qui gère le réseau fluvial français. C’est toute une autoroute fluviale, apte à favoriser le transport de marchandises, qui est en projet. Elle devrait s’accompagner de destructions massives des écosystèmes et risque de laisser de côté les plus petits acteurs, au profit d’un commerce toujours plus mondialisé.
Une avalanche de projets sont ainsi ressortis des cartons. Citons, pêle-mêle, le canal Seine-Nord Europe qui devrait rayer le nord de la France sur 107 kilomètres pour connecter deux bassins versants (Seine et Escaut), celui-ci sera prolongé par le projet Mageo sur plus de 40 km entre…
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Auteur: Violaine Colmet Daâge

