Le monde est une brute. On le sait, on le voit. Pas la peine d’insister. En garder la trace, la cicatrice. Et mettre le doigt dans la plaie.
Forcer le trait, accentuer la critique, la retourner en ferment, en promesse.
Quoi ? Je fais quoi, poète paraît-il ?
Des mots jetés ?
Où ?
Le poète dans un no man’s land. Toujours un pied ici, l’autre ailleurs. Écartelé. C’est ce qui donne au texte son mouvement comme sa stabilité. Allez savoir !
Tension, toujours entre deux…
Lauriers ou orties ? Liste ou poème ? Sincère ou ironique ? Éclat ou poussière ? Vapeur ou sédiment ? Simple ou fouillis ? Bref ou ample ? Dépouillé ou précieux ? Banal ou hors du commun, hors du cadre ?
Le doigt du poète comme un curseur : on est où ? on en est où ?
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Demain est recommencé. Demain sur les épaules a pris la tangente. Il n’y a pas de plus court chemin. Sur les épaules des voleurs de grands chemins. Ceux qui se cachent dans les fossés, les impasses, les sous-bois, les falaises. Voleurs de mots de peu.
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Faire le point ? Le poing ?
Y aller franchement. Pas par quatre chemins. On verra bien où on arrive.
Lancer des mots. Voir où ils retombent. Construire à grands coups de truelle. Effacer.
Parfois le soir je parle du poème comme d’une sculpture. Sculpture de mots. Interactions, abstraction, équilibre, ruptures. Ajouter, retrancher, vides et pleins. Souvent, du béton brut.
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« J’ai eu l’occasion de faire, d’employer enfin le béton. J’ai fait du béton brut, ça a révolutionné les uns et j’ai fait naître un romantisme nouveau, c’est le romantisme du mal foutu », disait Le Corbusier, sans doute un peu moqueur.
Je ne suis pas architecte. Je serais bien en peine de tracer des équivalences rigoureuses entre poétique et architecture. D’ailleurs, ce n’est pas mon propos. Je me renseigne, je lis, je regarde, je me promène. Béton. Auguste Perret, Le Corbusier, Niemeyer… Soudain, ce qui me revient en mémoire, ce sont les murs de ma première école : couleurs du ciment, rampes d’accès, espaces ouverts, lumière, circulation. À deux pas, le tout neuf parvis de Beaubourg et ses « modernes bateleurs, funambules et baladins ». Les chants des manifs flottaient dans l’air. C’était nouveau et joyeux, on disait école parallèle, pédagogie chamboulée, directions inattendues, liberté. La sensation des murs bruts de décoffrage sous les doigts.
Le voilà, mon poème : brut, parallèle, libre.
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Ce serait léger et lourd, imperturbable et erratique, direct et…
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Auteur: lundimatin

