« La population américaine a été bombardée comme l’a été la population irakienne. C’était une guerre contre nous, une guerre de mensonges, de désinformation et d’omission de l’histoire. Ce genre de guerre, écrasante et dévastatrice, a été menée ici aux États-Unis pendant que la guerre du Golfe se déroulait là-bas » (Howard Zinn, « Power, History and Warfare », Open Magazine Pamphlet Series, n° 8, 1991, p. 12).
Quel sentiment étrange que de savoir que le missile de croisière que l’on voit plonger vers un aéroport et se transformer en une boule de flammes n’a pas été tiré par les forces américaines ou britanniques.
Des millions d’Occidentaux, élevés pour admirer le spectacle ultime de la puissance robotique et de la haute technologie, ont dû rapidement réprimer leur effroi devant le choc : c’était la guerre d’agression de la Russie, pas la « nôtre ». Ce n’était pas une orgie de destruction approuvée et il ne fallait surtout pas la célébrer.
Rembobinez jusqu’en avril 2017 : sur des images vidéo montrant les missiles de croisière lancés par Trump sur des cibles en Syrie en réponse à des affirmations totalement non prouvées selon lesquelles la Syrie venait d’utiliser des armes chimiques, le présentateur de MSNBC Brian Williams s’est senti l’âme d’un poète :
’Nous voyons ces belles images la nuit depuis les ponts de ces deux navires de la marine américaine en Méditerranée orientale – je suis tenté de citer le grand Leonard Cohen : « Je suis guidé par la beauté de nos armes » – et ce sont de belles images d’armes redoutables effectuant ce qui est, pour eux, un bref vol…’
Les rédacteurs de télévision et de journaux pensent de même. Chaque fois que les États-Unis, le Royaume-Uni et l’OTAN lancent une guerre d’agression contre l’Irak, la Libye, la Syrie – qui que ce soit, où que ce soit – nos écrans de télévision et nos premières pages sont remplis de « belles images » de missiles lancés dans une lumière blanche pure depuis des navires. C’est le « choc et l’effroi » – nous imaginons même nos victimes « effrayées » par notre puissance.
En 1991, la « chaleur blanche » de nos armes robotisées était « belle » parce qu’elle signifiait que « nous » étions si sophistiqués, si civilisés, si compatissants, que seuls les palais et les bâtiments gouvernementaux de Saddam étaient « chirurgicalement » enlevés, pas les êtres humains. C’était un meurtre par un trou de serrure. Le trésor national de la BBC, David Dimbleby, s’est réjoui de cette gloire en direct à la…
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Auteur: Le grand soir

