Avec le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis, de nombreux experts s’inquiètent d’un retour du protectionnisme, après des années de libre-échange. Pourtant, l’opposition entre les deux termes ne doit pas occulter que la réalité est plus complexe. Le libre-échange intégral n’existe pas. Retour sur l’histoire d’un concept et des pratiques observées.
Le retour du protectionnisme dans le monde doit s’apprécier sur le temps long de l’Histoire et par rapport à ce que celle-ci nous a enseigné sur le lien du protectionnisme avec le nationalisme, le repli et les conflits internationaux. L’analyse doit être menée au niveau des principes, de la pratique et du droit, en remettant en perspective les évolutions récentes par rapport aux deux étapes fondamentales qu’ont été la signature du GATT (General Agreement on Tariffs and Trade) en 1947 et la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995.
Les bénéfices du libre-échange ont été mis en valeur par la théorie des avantages absolus d’Adam Smith et celle des avantages comparatifs de David Ricardo. Suivant ces théories, le libre-échange apporte un gain collectif pour les parties qui s’y prêtent parce qu’il accroît la spécialisation, la division du travail et la connexion des économies nationales. Ce gain augmente la prospérité collective en même temps qu’il accroît les échanges entre les peuples et favorise l’adoucissement des mœurs (selon la théorie du « doux commerce » de Montesquieu).
Mondialisateurs et mondialisés
Face à cette vision positive, le protectionnisme a aussi eu ses défenseurs, notamment pour corriger les effets d’un échange inégal entre les nations, qui profite surtout à celles qui sont développées. Peu après la création du Zollverein en 1834 (une union douanière autour de la Prusse), l’Allemand Friedrich List a défendu un protectionnisme « éducateur » pour permettre à…
Auteur: Maxime Lefebvre, Permanent Affiliate Professor, ESCP Business School

