Benoît Merlo s’acharne jusqu’à ce que la nuit tombe à désherber mécaniquement ses champs à Saint-Didier-d’Aussiat (Ain) pour cultiver les meilleurs produits bio. Sauf qu’en 2025, il n’a pas pu vendre sa récolte de sorgho, une céréale sans gluten, victime collatérale de la pulvérisation par son voisin d’un herbicide, comme Reporterre l’a dévoilé. Le nom du coupable ? Le prosulfocarbe, vendu par Syngenta.
Son complice ? L’outil numérique d’« aide à la décision » Quali’Cible, mis à disposition par… Syngenta. L’application web a donné le feu vert à son voisin pour arroser sa parcelle de ce produit chimique alors que la réglementation ne le permet pas. Celle-ci exige de ne pas utiliser cet herbicide extrêmement volatile à moins de 500 mètres ou 1 kilomètre — selon les circonstances — des cultures non ramassées à l’automne, période de pulvérisation massive des exploitants intensifs de céréales et de pommes de terre, notamment. Sauf que le champ de Benoît Merlo se situe seulement à une centaine de mètres de celui de son voisin.
Quali’Cible aurait dû le prendre en compte et afficher un avertissement en rouge, et donc mettre un stop à la pulvérisation pour limiter le risque de contamination : l’outil propose un code couleur aussi simple qu’un feu de circulation pour conseiller sur l’usage particulièrement complexe, du fait de la pollution environnante qu’il provoque, du deuxième pesticide le plus utilisé en France juste derrière le glyphosate.
« Le fabricant ne devrait pas être à la fois juge et partie »
En février 2026, Quali’Cible ne prenait toujours pas en compte sa parcelle, Benoît Merlo l’a vérifié sur la page internet dédiée. Alors il s’est ému de la problématique auprès d’Annie Genevard, par courrier. Dans sa réponse datée du 19 mars 2026, la ministre de l’Agriculture reconnaît le manque de fiabilité apparent de Quali’Cible…
Auteur: Mathieu Génon, Rozenn Le Saint

