Quand ceux qui ont le moins de pouvoir votent aussi le moins

Nous ne disposons pas tous des mêmes moyens pour peser sur le pouvoir politique. Argent, réseaux, lobbying, propriété des entreprises ou des médias offrent aux plus puissants des leviers dont la majorité de la population ne disposera jamais. Dans ce rapport de force profondément inégal, renoncer au vote ne retire aucun pouvoir aux dominants – il abandonne simplement l’un des rares instruments politiques formellement accessibles à tous.

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Le premier volet de ce dossier montrait que l’abstention pouvait constituer un refus politique parfaitement conscient sans pour autant retirer matériellement du pouvoir à ceux qui gouvernent. Mais le raisonnement serait incomplet si tous les citoyens disposaient, en dehors des urnes, des mêmes moyens de défendre leurs intérêts. Ce n’est évidemment pas le cas. Nous vivons dans une société traversée par d’immenses inégalités de richesse, de ressources, de réseaux et d’influence. Or ces inégalités ne s’évaporent pas lorsqu’il s’agit de politique.

Tout le monde a une voix, mais certains ont bien plus que leur voix

Dans l’isoloir, un milliardaire ne possède pas davantage de bulletins qu’un smicard. C’est précisément ce qui distingue le suffrage universel de la plupart des autres rapports de pouvoir qui structurent notre société. En dehors des urnes, l’égalité disparaît rapidement.

Les grandes fortunes et les dirigeants économiques peuvent disposer de réseaux auprès des décideurs, financer des organisations d’influence, recourir à des cabinets de lobbying, contrôler des entreprises, peser sur l’investissement ou posséder des médias. La puissance économique procure ainsi des moyens d’intervention dans la vie politique qui n’ont aucun équivalent pour la majorité de la population.

Et ceux qui disposent de ces moyens ne semblent d’ailleurs pas considérer…

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Auteur: Elena Meilune