Quand la colère des femmes fait désordre social

« Mauvaise conseillère », selon Guy de Maupassant, « fléau du genre humain » pour Sénèque, péché capital dans le christianisme… Dans les productions culturelles et dans l’imaginaire collectif, la colère a mauvaise presse. Parce qu’elle est souvent confondue avec la rage, amalgamée à la violence, la colère fait peur. Parce que les émotions sont moins valorisées que la rationalité, cette réaction est souvent perçue comme un défaut et reléguée au plan intime. Pourtant, la colère est loin d’être une affaire personnelle. Elle est même politique.

C’est en tout cas l’idée développée par six autrices – Pauline Harmange, Kiyémis, Lucile Bellan, Fatima Ouassak, Douce Dibondo et Daria Marx – dans l’ouvrage collectif Fruits de la colère. Embras(s)er nos débordements (Les Insolentes, 2022). Pour comprendre la dimension politique de la colère, il faut s’intéresser à sa réception. Même les émotions n’échappent pas aux logiques de domination : dans une société blanche et hétéropatriarcale (ou « blantriarcale hétéro », selon les mots de Douce Dibondo), certaines colères sont considérées comme plus légitimes que d’autres.

Quand un homme politique se met en colère, par exemple, il est souvent perçu comme un militant engagé, un bon orateur, voire un père de la nation à l’autorité naturelle. Son statut légitime sa colère. Ainsi, quand Jean-Luc Mélenchon ou Emmanuel Macron s’énervent, ils sont décrits comme des tribuns. « Au fond, le droit de se mettre en colère est le droit d’exister ­politiquement. C’est ce droit qui est refusé aux personnes minorisées », précise l’essayiste Fatima Ouassak.


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Cet ouvrage…

La suite est à lire sur: www.politis.fr
Auteur: Salomé Dionisi

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