Les partis populistes ont spectaculairement progressé entre 2002 et 2022. Si de multiples facteurs peuvent l’expliquer, la dégradation ou la disparition des services publics dans nombre de zones rurales ou périphériques jouent un rôle non négligeable. C’est ce que montre une étude analysant la relation entre la disparition des services publics et l’évolution des comportements électoraux en France.
La recherche d’une meilleure efficacité de l’administration se traduit, dans certains territoires, par une disparition progressive des services publics, générant pour les usagers le sentiment de devenir des « oubliés », comme dans la chanson de Gauvain Sers. En effet, la fermeture des écoles, des bureaux de poste, des trésoreries ou des services de police ne se limite pas, du point de vue des citoyens, à une réorganisation administrative : elle façonne le quotidien de milliers de communes, accentuant les inégalités d’accès à des infrastructures jugées essentielles. Ce n’est donc peut-être pas une coïncidence que ce phénomène s’accompagne d’une recomposition du paysage électoral, où les partis politiques d’extrême droite et de la gauche radicale captent une part croissante du vote protestataire.
Dans une étude, nous nous intéressons à la relation possible entre la réduction des services publics et l’évolution des comportements électoraux en France. L’analyse repose sur des données couvrant la période 1998-2018, recoupées avec les résultats des élections présidentielles de 2002, 2012 et 2022. Les résultats confirment notre intuition : plus un territoire voit l’État se retirer, plus le vote « extrême » y progresse.
Des fractures irréparables ?
En étudiant la présence des infrastructures publiques à l’échelle communale, nous dressons le portrait d’une France où l’accès aux services de l’État est de plus en plus inégal.
Dans les grandes agglomérations, l’offre…
Auteur: Etienne Farvaque, Professeur d’Économie, Université de Lille, LEM (UMR 9221), Université de Lille

