Les jeunes allemand.es marchaient-iels tous.tes au pas cadencé des jeunesses hitlériennes ? Dans son livre Meutes, Swings et Pirates de l’edelweiss, l’historien allemand Sascha Lange bat en brèche cette idée reçue en racontant l’histoire méconnue des bandes de jeunes qui, de 1933 jusqu’à la défaite du troisième Reich, se sont organisées à contre-courant de l’encadrement et de l’endoctrinement politique de l’état nazi.
Présentes dans toutes les grandes villes, elles ont maintenu le fil vivant d’une contre-culture d’inspiration libertaire s’enracinant aussi bien dans la tradition sportive des mouvements des jeunes randonneurs propre à l’Allemagne de Weimar que dans la modernité venue d’Outre atlantique du swing , « musique de nègres » honnie par les nazis. Un livre somme qui , par les mauvais temps qui courent, délivre un message plutôt bienvenu : tout état, même dictatorial, sera toujours impuissant à éradiquer les formes de vie non-conformes.
Dans sa préface Johann Chapoutot souligne à quel point, à partir de leur conquête du pouvoir en 1933 , les nouveaux maîtres craignant de voir se reproduire la révolution spartakiste de « novembre 1918 » , ont pris très au sérieux jusqu’en 1945 le risque d’un décrochage entre pouvoir et société. D’où « une politique de négociation très habile » visant à « faire collaborer les Allemands au grand œuvre de régénération socio-biologique, économique et militaire de la nation dans le cadre de ce que les historiens ont, plus tard, appelé une « dictature de la participation.(…) Dans ces conditions, les historiens ont porté leur regard sur ce que l’anthropologue James C. Scott appellera bien plus tard l’infrapolitique. Résister au nazisme, c’est peut-être moins faire dérailler un train ou tenter d’assassiner Hitler que croiser les bras lorsque tout le monde le tend (…). Très tôt, pour les…
Auteur: dev

