Quand la pop adoucit les moeurs

Le bien ne se porte pas bien, et le bon n’a pas bonne presse. En tout cas, pas bonne presse musicale. En tout cas, pas bonne presse rock. Est-ce proprement français ? Sans doute pas complètement. Le rock critic, dans notre pays et dans quelques autres, aime les « mauvais garçons ». So what ? Précisons.

Dans « mauvais garçon », il y a d’abord « garçon », on a fini par le remarquer. Joy Press et Simon Reynolds ont bien parlé du caractère genré de la « rébellion », celle en particulier des années 1950, 1960 et suivantes, qui a enfanté ce qu’on appelle « l’esprit rock ». Il et elle lui ont donné le nom parfait de filiarcat — néologisme désignant une contre-culture masculine qui rejette l’autorité paternelle et l’ordre établi, mais sans remettre en question son soubassement sexiste, bien au contraire  [1]. L’insurrection filiarcale sur fond de rock’n’roll n’est en somme qu’une révolution de palais, chassant un mâle dominant pour en installer un autre, plus brutal et plus capricieux. Un nouveau tyran, rajeuni, qui reproche fondamentalement à l’ancien de s’être dévirilisé et de « s’écraser devant bobonne » — je viens sans le dire de résumer, à grands traits, le pitch du film-manifeste de Nicholas Ray avec James Dean : La Fureur de vivre (Rebel without a cause en VO, bien qu’on devine tout de même, entre les lignes, quelque chose comme une cause).

Dans « mauvais garçon », il y a aussi « mauvais ». C’est un fait bien établi, en tout cas dans nos contrées : le rock qui se respecte et qu’on respecte se doit d’être « ténébreux », « sulfureux », « vénéneux ». Il se doit d’avoir peu ou prou pactisé ou sympathisé avec le diable. On laisse aux « minettes » ou aux « dames patronnesses » le goût des bonnes manières, des bonnes œuvres et des « bons sentiments »  [2]. Tout au plus concèdera-t-on, pour anoblir la culture rock,…

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Auteur: Pierre Tevanian