En – 167 avant notre ère, après une victoire écrasante sur le royaume de Macédoine, Rome choisit de suspendre son impôt militaire, le « tributum ». Plutôt que d’imposer une fiscalité lourde, la République privilégie la stabilité politique entre plébéiens (peuple) et patriciens (élite), et entre Rome et les peuples conquis.
Faut-il augmenter les impôts pour financer le réarmement de la France ? La question divise. Certains plaident pour d’autres priorités, comme une plus grande justice fiscale, à travers des propositions comme la « taxe Zucman » sur les grandes fortunes.
D’autres, comme le général Pierre de Villiers, invoquent l’urgence stratégique. Face à la situation internationale et au sous-investissement en matière de défense accumulé depuis la fin de la guerre froide, le réarmement serait devenu inévitable, quitte à accepter une hausse de la pression fiscale.
La question n’est pas nouvelle. Elle se posait déjà il y a plus de 2 000 ans, dans un contexte autrement plus dramatique, celui de la République romaine confrontée à des guerres existentielles contre Carthage et ses alliés. Loin de conduire à une hausse durable de l’impôt, cette situation a débouché sur une solution paradoxale : en – 167, Rome choisit de suspendre son impôt militaire, le tributum. Pourquoi ?
La guerre fait-elle toujours l’État ?
Selon la célèbre formule du sociologue Charles Tilly, « la guerre a fait l’État et l’État a fait la guerre ». En Europe, à la suite de la « révolution militaire » (XVᵉ–XVIᵉ siècles), la montée en puissance technologique des armées a entraîné la création d’administrations fiscales de plus en plus efficaces. Pour faire la guerre, en effet, il faut lever l’impôt, et pour lever…
Auteur: Fabian Battaglini, Professeur assistant en économie, EDC Paris Business School

