Le livre « Le moment Orwellien » montre comment les savoirs et celles et ceux qui les produisent ont d’abord été fragilisés par leur soumission à la logique de marché, puis discrédités par le pouvoir à travers une succession de procès idéologiques. Dans une époque où les scientifiques sont de plus en plus contraints voire menacés nous avons échangé avec sur le sujet avec l’astrophysicien Olivier Berné et la chercheuse en sciences de l’environnement Tamara Ben Ari.
Votre livre commence très fort, avec une préface de Valérie Masson-Delmotte qui mentionne les autocrates qui « déploient un ensemble de stratégies de manipulation de l’opinion publique ». Pourriez-vous revenir sur ces stratégies et nous dire par qui elles sont employées.
Olivier Berné : Ce sont ces stratégies, décrites par Valérie Masson-Delmotte dans sa préface, que nous tentons de décrypter dans l’ouvrage, à travers la grille que propose Orwell dans 1984. Il y a ce qu’il appelle le newspeak, ou novlangue : un appauvrissement et une perversion du langage qui vide les mots de leur sens pour rendre certaines images mentales impossibles. On le voit à l’œuvre aux États-Unis avec l’interdiction de termes comme « crise climatique », « racisme » ou « décarbonation » dans les agences fédérales. C’est aussi le cas en France, où des politiques discriminatoires comme la généralisation des frais d’inscription pour les étrangers à l’université est justifiée au nom de « l’attractivité » par le ministère. Mais l’utilisation du newspeak va au-delà du monde scientifique, bien sûr, par exemple on entend parler de « plan social » quand il s’agit de licencier des salariés.
Autre notion Orwellienne : le doublethink, ou la double pensée, qui consiste à tenir simultanément deux idées contradictoires de façon consciente et à les accepter toutes les deux. C’est le cas quand…
Auteur: Thomas Wagner

