Quand le publireportage phagocyte le journalisme

Depuis plusieurs années, les « publireportages » prolifèrent dans les médias français, sous diverses appellations : « contenu sponsorisé », « partenariat », « publi-information » ou encore « publicité native »… Parfaitement légale, la pratique consiste à maquiller un texte publicitaire en article journalistique, en reprenant la mise en forme du média dans lequel cette pub a vocation à paraître. Le résultat : une publicité « plus engageante pour le lecteur » et crédibilisante pour la marque, puisqu’on peut facilement la confondre avec un véritable article. Certaines rédactions poussent même le vice jusqu’à confier la rédaction de ces publireportages à leurs propres journalistes.

Ces pratiques, qui brouillent les pistes entre journalisme et publicité, sont autorisées en droit français, « à la condition qu’elles soient rendues identifiables par le consommateur », rappelle le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM). C’est pourquoi la plupart des publireportages sont assortis d’une (discrète) mention « La rédaction n’a pas participé à la rédaction de ce contenu », censée permettre au lecteur de trier le bon grain de l’ivraie. D’un côté se trouveraient les « vrais » articles, supposément rédigés par des journalistes hors de toute considération commerciale, dans le respect de la déontologie. De l’autre, les contenus publirédactionnels, qui n’auraient aucun lien avec la production journalistique « classique ».

Sauf que la frontière entre « publirédactionnel » et journalisme est régulièrement franchie, et ce depuis des années : journalisme « embarqué » au Figaro pour booster les ventes de Rolls-Royce, articles en série dans Le Monde pour appuyer la sortie du dernier iPhone, ou encore ce dossier de L’Obs sur l’épargne et le patrimoine, gavé de réclames pour des placements financiers. Des publicités…

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Auteur: Marion Moinet