Extrait du journal de bord d’un éditeur non sinophobe.*
Au fond, être éditeur « engagé », comme disait le vieux Sartre, ne coûte guère en abonnements aux revues littéraires et fort peu en raouts mondains. Depuis quelque temps, je me suis même résolu à n’entendre parler de « mes » auteurs – qu’on me pardonne ce possessif qui n’est rien qu’affectueux – que dans les chroniques judiciaires, les rapports militaires écrits pour l’OTAN, et aujourd’hui, une commission d’enquête sur les ingérences étrangères à l’Assemblée. Assemblée nationale, bien sûr, on ne se refuse rien.
J’étais donc en robe de chambre, sirotant mon café, et voilà qu’on m’envoie, en guise de « critique littéraire » de mes amis Benoît Quennedey[1] et Maxime Vivas[2], ce rapport de commission. Le rapport est sans doute le seul genre littéraire que peut encore produire notre époque, époque si formidable qu’elle n’a même plus besoin de demander aux poètes leurs papiers, puisqu’elle sait déjà tout sur eux.
Pour le titre, accrochez-vous : « Commission d’enquête relative aux ingérences politiques, économiques et financières de puissances étrangères – États, organisations, entreprises, groupes d’intérêts, personnes privées – visant à influencer ou corrompre des relais d’opinion, des dirigeants ou des partis politiques français[3] ».
Ingérence, vaste programme
L’époque étant toujours formidable, cette commission au Palais-Bourbon était dirigée par M. Jean-Philippe Tanguy, député du si mal nommé « Rassemblement national ». Par réflexe, j’aime toujours retenir le nom des présidents de tribunaux et des procureurs. Certains passent à la postérité, comme Pinard, par exemple, celui qui condamna Baudelaire et Flaubert avec un sens inégalé de ce qui comptait à son époque. Son nom était proverbial, comme l’histoire retiendra que Robespierre, en Thermidor, a vu sa mâchoire arrachée par une balle du sergent Merda, sans…
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Auteur: Aymeric MONVILLE

