Connaissez-vous les « corrélations fallacieuses » ? Si les humains apprennent à ne pas se laisser berner par ces liens logiques apparents, les IA ont plus de mal.
Et si les ventes de dictionnaires en Allemagne étaient liées au nombre d’inscriptions à des cours de natation au Japon ? Et si la production d’énergie solaire à Taïwan influençait le cours en bourse de Netflix ?
On apprend très tôt qu’il y a une distinction entre corrélation et causalité : un lien n’explique toujours pas une cause. Notre cerveau cherche malgré tout un sens et des explications logiques lorsqu’il analyse des données : des lignes qui suivent la même inclinaison, des barres qui s’élèvent ensemble, ou encore des points qui se regroupent dans un diagramme. Instinctivement, il semble peu probable que la consommation de chocolat par habitant d’un pays soit corrélée au nombre de ses lauréats du prix Nobel : il s’agit là d’une « corrélation fallacieuse ».
Une équipe de recherche d’Apple a publié en septembre 2024 un article illustrant comment une banale modification de prénoms ou d’attributs des personnages d’un énoncé mathématique diminuait jusqu’à 10 % la part de réponses correctes fournies par diverses intelligences artificielles génératives. Ces liens, apparemment logiques, entraînent des corrélations fallacieuses. Imaginez un peu demander à une IA : « Adam a une pomme et Eve en a deux, combien ont-ils de pommes ? », puis lui demander ensuite : « Ada a une pomme et Evan en a deux, combien ont-ils de pommes ? » et obtenir des réponses différentes ! Pour un enfant, il parait clair que la présence d’Adam plutôt qu’Ada dans l’énoncé du problème ne change pas la réponse. Pour une IA, ce n’est pas si simple.
Comment se fait-il que nous arrivions à comprendre instantanément qu’il s’agit là de corrélations fallacieuses, là où les IA peuvent manifestement se laissent…
Auteur: Pierre-Emmanuel Arduin, Maître de conférences en informatique, Université Paris Dauphine – PSL

