Le 26 mars dernier, l’État espagnol a autorisé l’euthanasie d’une Noelia Castillo Ramos, 25 ans. Le débat public qui a accompagné la médiatisation de l’évènement s’est polarisé entre « progressistes » qui défendent la liberté de choisir sa mort et « conservateurs » qui défendent l’idée bien particulière qu’ils se font de la vie. L’autrice de cet article propose un pas de côté et de penser ce que signifie l’administration par l’État de ce pouvoir de donner la mort.
Parfois, une seule histoire concentre tout. Elle force à regarder, révèle des lignes de partage qu’on n’aurait jamais osé contempler aussi crûment, actualise les potentialités les plus extrêmes du présent tout en annonçant le futur qui se dessine.
Le 26 mars dernier, par la main volontaire d’un de ses auxiliaires, l’État espagnol a administré à une jeune femme de 25 ans une injection létale. Qu’avait-elle fait pour mériter qu’on la tue ? Elle l’avait voulu, il semblerait. Elle souffrait, physiquement et mentalement, depuis une tentative de suicide qui l’avait rendue paraplégique, consécutive à un viol collectif, sur fond de passé difficile marqué par un placement par les services sociaux dès l’âge de 13 ans, ainsi que divers troubles psychiatriques. Noelia Castillo Ramos a fait une demande d’euthanasie en 2024, moins de deux ans après son viol et sa tentative de suicide, qui lui a été accordée. Son père, opposé à cette décision, a épuisé l’ensemble des recours judiciaires qui s’offraient à lui, jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme, sans succès. Par une matinée printanière, dans un hôpital près de Barcelone, le protocole prévu par la législation espagnole a ainsi pu entrer dans sa dernière phase. Un soignant, ou une soignante, a posé une perfusion dans une des veines de la jeune femme, injecté un sédatif, puis un anesthésique, suivi d’un agent bloquant la…
Auteur: dev

