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Quand l'urbanisme fabrique des citoyens passifs

Introduction

L’urbanisme contemporain se donne souvent des airs de modernité démocratique. On parle de participation citoyenne, d’ateliers ouverts, de co-construction des espaces publics. Pourtant, derrière ces mots séduisants, la réalité est bien plus inquiétante : ce n’est pas l’espace citoyen qui se construit, mais une citoyenneté passive, encadrée et disciplinée. Les habitants sont invités à « participer » pour valider des choix déjà faits, comme si leur rôle se limitait à cocher la case du consentement.

Cette dérive ne vient pas de nulle part. Elle est le fruit d’une idéologie héritée des Lumières, où l’individu fut sacralisé comme mesure de toute chose. L’urbanisme et l’architecture, en se focalisant sur cet individu isolé, ont perdu de vue la réalité : une société ne se résume jamais à la somme de ses parties. Elle est un tissu de liens, une matrice de solidarités et de conflits qui dépassent largement l’échelle individuelle.

Ibn Khaldoun l’avait pressenti avec sa notion d’« asabiyya » : la force d’un groupe réside dans la cohésion et les solidarités qui lient ses membres. Marx l’a confirmé en montrant que les structures économiques et politiques conditionnent les formes mêmes de la vie collective. Ignorer ces vérités, c’est condamner l’urbanisme participatif à n’être qu’une mise en scène, une illusion de démocratie qui masque la centralisation des décisions et l’imposition d’un modèle unique.

La question est donc cruciale : voulons-nous fabriquer des espaces citoyens vivants, ou continuer à produire des citoyens passifs, soumis à l’obéissance sous couvert de participation ?

1. L’illusion de la rationalité individualiste

Le constat est flagrant : l’individualisme domine la pensée urbanistique. Même ceux qui se veulent rationnels ne le sont qu’à l’intérieur d’une bulle où l’individu est sacralisé. Cette approche méthodologique confond…

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