« Une profondeur de cruauté abyssale. » C’est en ces termes que le journaliste de l’hebdomadaire Jeune Afrique décrit la chaîne privée du réseau Telegram qu’il a infiltrée. Elle est tenue par un vétéran du groupe mercenaire Wagner qui ne cache pas ses sympathies néonazies. « Oncles blancs en Afrique », c’est son nom, montre des scènes de mutilation, de torture, de profanation de cadavres, allant jusqu’au cannibalisme. Tout cela est accompagné de commentaires racistes, où les Africains sont désignés comme « charbons » ou « nègres », et la communauté peule, perçue comme ennemie, traitée de « tribus puantes ». Cette chaîne payante, fermée depuis la publication du reportage, attirait un public fasciné par l’ultraviolence et enthousiasmé de voir que l’on peut tuer des Africains en toute impunité.
Au-delà de l’horreur, on peut se demander quelles fonctions peuvent remplir ces actes de cruauté, quelles sont les conséquences de ces pratiques sur le déroulement du conflit, et enfin tenter d’appréhender l’intérêt de la junte à maintenir ses relations avec ce groupe.
Bien qu’officiellement Wagner ait quitté le Mali le 6 juin 2025 pour être remplacé par Africa Corps, dépendant directement du ministère russe de la Défense, la dénomination Wagner est utilisée non seulement par commodité de lecture mais aussi, et surtout, parce que ce changement n’a eu aucune répercussion tangible sur le terrain. En effet, près de 80 % des unités d’Africa Corps sont composées d’anciens miliciens de Wagner. La façon de mener la guerre et les relations avec les Forces armées maliennes (les FAMa) n’ont, contrairement à ce que l’on aurait pu s’attendre, aucunement changé. Preuve en sont les massacres dans les vallées d’Ighacher Seddine, Iblil et Ibdakan, au nord du Mali, où 19 civils ont été exécutés, dont certains brûlés vifs, ou encore l’attaque d’un véhicule par un drone,…
Auteur: romain romain

