Quarante ans de voies sans issue

Il est des faits qu’il faut rappeler à l’envi pour qu’ils s’impriment dans nos mémoires. Il en va ainsi de la marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983. Prompt·es à oublier cette part de notre présent et de notre avenir, il semble que nous en sommes encore, quarante ans plus tard, à découvrir ce qui fut alors un tournant de l’histoire de la France, pays d’immigration, et ses conséquences. Car cette marche révèle comment la France a effacé son passé de colonisateur, alors qu’après avoir importé de la main-d’œuvre de ses colonies elle a feint l’étonnement lorsque ses descendant·es s’y sont installé·es définitivement.


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Pourtant, ayant pris au mot la devise républicaine et son universalité enseignées durant toute leur scolarité, les jeunes d’alors ont marché pour réclamer leurs droits afin d’en finir avec le racisme endémique qui tuait depuis des décennies et continuera après. Leurs trois revendications portaient sur le travail, le logement et le comportement de la police. Échec sur tous les tableaux, au point que le caractère systémique du racisme est désormais établi.

Objets de ces politiques calamiteuses, iels étaient désigné·es comme enfants d’immigré·es et non pas pour ce que leurs parents et elleux-mêmes savaient sans y insister : iels étaient les héritier·ères de peuples qui, après avoir été colonisés, ont lutté pour leur libération. Toutes les appellations contrôlées viseront désormais à les séparer de leurs parents, protagonistes de cette puissante histoire et de ses suites irrésolues. De jeunes immigré·es, iels sont devenu·es jeunes issu·es de l’immigration, stigmate…

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Auteur: Nacira Guénif

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