Tout a été dit sur les effets néfastes des institutions de la Ve République sur la vie démocratique de notre pays. La pression du scrutin présidentiel, avec ses interminables suspenses ultra-personnalisés, a considérablement appauvri le débat public français dans cette première partie de XXIe siècle. À écouter l’actualité, il n’y aurait de la politique que sur la ligne de départ de l’élection présidentielle. De fait, cette individualisation de questions politiques s’est trouvée fort adaptée à l’affaiblissement des cadres que le mouvement ouvrier avait façonnés pour que se déploie l’engagement en faveur de l’intérêt du plus grand nombre.
La désertion objective des partis, des syndicats et des associations interroge la possibilité d’un rapport de force favorable à ce que Marx appelait « la société humaine », contre le capital qui se nourrit justement de l’effacement des espaces de mobilisation. L’abstention en est bien entendu un signe : sa progression, y compris lors de scrutins locaux auparavant relativement épargnés, rappelle que le vote n’est pas qu’un acte individuel : c’est un processus de prise de conscience, et de traduction de celle-ci, où la part du collectif est fondamentale. Penser l’abstention aujourd’hui, c’est avant tout se confronter à l’état structurel des lieux de formulation du politique à l’échelle de la société.
Pour autant, la pratique politique et le mouvement de « la société humaine » ont-ils disparu ? Évidemment non. Notre société est traversée par une diversité de rapports critiques au monde tel qu’il est, singulièrement au sein des classes populaires. Lorsqu’on agit à gauche, c’est forcément ce point de vue qu’on doit prendre en compte, partant du principe que c’est la mise en mouvement des « dominés » qui est moteur de changement dans l’histoire.
Dans cette perspective,…
Auteur: Ulysse Rabaté

