L’ESSENTIEL
-
La mondialisation apparaît comme une évidence, qu’on s’en réjouisse ou qu’on le critique.
-
Les débats sur le sujet s’appuient rarement sur les données publiées qui laissent voir une réalité plus nuancée et plus contrastée que bien des jugements à l’emporte-pièce.
-
À l’heure où la démondialisation est évoquée, il est essentiel de s’appuyer sur des données fiables, observées sur une certaine durée. Pour sortir des impressions plus ou moins fondées.
On débat beaucoup de la mondialisation, de ses effets, de ses dégâts, de sa responsabilité dans le trumpisme ou le Brexit, ou de la fin de la mondialisation, qu’elle soit attendue ou crainte. Et ce depuis trois décennies ! En effet, dès le milieu des années 1990, on a pu chercher à l’accuser de beaucoup de maux, on a pu chercher à la défendre, ou à la réorienter, et, depuis, à intervalles réguliers, se rejoue ce affrontement.
Or l’une des caractéristiques de ces débats est d’avoir souvent entretenu des rapports difficiles avec les données. Un bon exemple est celui du livre à succès de Thomas Friedman, The World is Flat, qui constitue l’une des descriptions les plus tonitruantes de la mondialisation, présentée comme un vaste aplatissement du monde, unifié dorénavant dans tous ses cantons par des circulations de biens, de personnes, de marchandises et d’informations que plus rien n’arrête. Cet ouvrage fourmillait de descriptions hautes en couleur, de perspectives audacieuses et d’intuitions brillantes, mais – et c’est un problème quand il s’agit de parler d’un processus qu’on présente comme nouveau et radicalement transformateur – il était dénué de toute tentative d’évaluation un tant soit peu objectivée.
Des globalivernes ?
Ce que décrivait Friedman, était-ce si massif, si nouveau, si rapide, ou bien cédait-il, comme l’affirma Pankaj Ghemawat en 2011 dans Globalization 3.0, à la tentation des…
Auteur: Blaise Wilfert, Maître de conférence, historien, École normale supérieure (ENS) – PSL
