Que nous dit la suspension de Guillaume Meurice sur la satire politique française ?

Dans un court article d’une œuvre immense, le médiéviste français Jacques le Goff s’est penché sur le rire au Moyen-Âge et nous disait une formule célèbre qu’on peut paraphraser ainsi « Dis-moi de quoi et de qui tu ris, et je te dirais qui tu es ».

Depuis les polémiques autour de la blague de Guillaume Meurice en octobre 2023 et son amplification récente qui a amené l’humoriste à être écarté de l’antenne de France Inter, beaucoup a été dit et plus que jamais cette discorde largement médiatisée et relayée dit quelque chose sur la France d’aujourd’hui. Cet article a comme objectif de cerner cette problématique par le prisme interdisciplinaire des travaux sur l’humour.

Analyse d’une blague

La littérature spécialisée sur le rire reconnaît en général trois grandes écoles qui appréhendent le phénomène : l’incongruité – utilisée souvent en linguistique – qui explique le rire par le décalage entre ce qui est attendu et ce qui survient ; le rire de supériorité – dont on retrouve traces chez Hobbes ou Bergson – qui analyse le rapport social entre le rieur et sa victime ; et le rire de libération de tendance freudienne qui concerne le lien entre le rire et les tabous.

La particularité de la blague de Guillaume Meurice, comparant Benyamin Nétanyahou à « une sorte de nazi sans prépuce » est qu’elle s’inscrit dans toutes les catégories. Il y a à la fois un élément paradoxal, utiliser le mot « nazi » pour qualifier un dirigeant israélien, un rapport particulier entre le rieur et sa cible et une référence à un organe génital.

Le deuxième élément me semble particulièrement intéressant à investiguer. En adressant ce sarcasme au premier ministre israélien, Guillaume Meurice utilise à la fois cet humour d’inversion des rapports de force puisqu’il s’en prend à quelqu’un qui a plus de pouvoir que lui. Il recourt alors à l’humour comme arme des opprimés. Mais…

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Auteur: Guillaume Grignard, Chercheur FNRS en sciences politiques, Université Libre de Bruxelles (ULB)