« Quand les gens ont screené [fait une capture d’écran], ça a commencé à parler. Tout le monde disait : “Tu as vu la photo ?” Même ceux qui ne l’ont pas vue, ils l’ont vue. » « Ils l’insultaient : “À 12 ans, tu montres ton corps, sale chienne.” “T’es une salope.” » Les témoignages recueillis au cours de mes enquêtes de terrain renferment parfois une réalité choc. Les propos précédents, extraits d’un entretien collectif mené avec une classe de quatrième d’un collège ordinaire, où j’ai enquêté pour mieux comprendre ce phénomène, m’ont particulièrement marquée. Quels faits méritent qu’une toute jeune fille subisse un tel traitement ? Celle-ci a envoyé un nude [photo partiellement dénudée ou suggestive] à son amoureux, qui s’est empressé de le partager avec un ami pour apporter des preuves qu’il savait « gérer sa meuf ». La suite, effroyablement banale, prend la forme d’un revenge porn : après la rupture, l’ex-amoureux publie la photo partagée initialement dans une relation privée. Pourtant, seule la fille subira les violences et cyberviolences des pairs, alors même que le garçon l’a publiée en dehors de tout consentement, ce qui relève d’un délit passible de deux ans d’emprisonnement et d’une peine de 60 000 euros pour les majeurs depuis la loi du 19 octobre 2020.
De la moquerie au crime
Les enquêtes de victimation recueillent des actes de violence, à partir de descriptions précises de faits advenus dans un cadre spatial et temporel délimité, identifiés comme « ce que l’on m’a fait et qui m’a fait du mal ». Les formes du harcèlement et du cyberharcèlement sont multiples. Elles visent soit à contrôler la personne ciblée en la ramenant aux normes sociales attendues, par exemple à propos de la tenue vestimentaire, soit à péjorer la personne ciblée ou à lui nuire. Elles s’inscrivent…
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Auteur: Sigolène Couchot-Siex

