Que peut Littérature quand elle ne peut ? / Patrick Chamoiseau / Seuil, coll. « Libelle » / 120 pages, 8,90 euros.
Chez Patrick Chamoiseau, le geste littéraire avance en parallèle d’un travail plus théorique où l’écriture est interrogée dans son rapport au monde, en particulier à ses territoires et à leurs habitants les plus violentés, les plus méprisés. Par exemple, avant la publication de l’immense Texaco (Prix Goncourt, 1992), l’écrivain martiniquais avait signé avec Raphaël Confiant et Jean Bernabé Éloge de la Créolité (1989). Il y assumait l’héritage d’Aimé Césaire et mettait des mots sur le métissage du créole et du français qu’il pratique dans le reste de son œuvre.
Pour raconter les histoires de femmes et d’hommes libres bien qu’en pays dominé, la Martinique – pour reprendre le titre d’un autre de ses essais (1) –, Patrick Chamoiseau tisse entre elles les langues et tricote ensemble les genres littéraires. Depuis quelques années, il refuse ainsi de laisser qualifier de « romanesque » la partie de son travail qui s’en rapproche le plus. Comme il aime à le faire, il oppose au terme prêt-à-porter un autre mot, fait maison, celui d’« organisme narratif ».
(1) Écrire en pays dominé, Patrick Chamoiseau, Gallimard, 1997 (Folio, 2002).
Il s’agit pour l’écrivain d’affirmer une position qui structure l’ensemble de sa recherche : son refus de tout « Grand Récit ». Cette opposition est au cœur de son nouvel ouvrage, dont le format bref – une petite centaine de pages – exprime un caractère d’urgence. Publié dans la collection « Libelle » du…
Auteur: Anaïs Heluin

