Romain Descendre et Jean-Claude Zancarini viennent de publier aux éditions la Découverte un livre appelé à faire date sur Antonio Gramsci. Alors que son nom fait l’objet régulièrement de tentatives d’appropriation venant de tous les secteurs du champ politique, y compris l’extrême droite, ce livre propose une lecture extrêmement précise et riche de ce que les auteurs nomment « l’œuvre-vie » de Gramsci, tant on ne peut séparer chez lui la vie du dirigeant communiste et l’œuvre du théoricien marxiste.
Dans cet extrait du chapitre 21, les auteurs reviennent sur l’élaboration du concept de « guerre de position », sa signification théorico-politique et la manière dont il l’amènera à « repenser l’État, le rôle des intellectuels dans la société civile et à faire évoluer le concept d’hégémonie, bien au-delà de son énonciation comme ‘hégémonie du prolétariat’ ».
Une stratégie alternative : la « guerre de position »
Le débat heurté sur la question de la Constituante et sur la ligne politique à suivre pour lutter contre le fascisme a des effets théoriques importants sur la réflexion de Gramsci. Durant les mois où le débat se déroule, Gramsci écrit des notes en lien avec son désaccord politique, qui tendent à définir une ligne alternative à celle du VIe congrès de l’Internationale appliquée par le parti italien.
L’aspect le plus notable est l’élaboration de la notion de « guerre de position » qui apparaît dans la deuxième série de ses Notes de philosophie, dans deux notes du cahier 7 écrites en novembre-décembre 1930, au moment-même du débat sur la Constituante. La « guerre de position » s’oppose à l’idée de « guerre de mouvement » (ou « guerre de manœuvre ») : Gramsci estime qu’il ne faut plus envisager la révolution comme insurrection généralisée et passage immédiat à la dictature du prolétariat ; la guerre de mouvement, qui a permis la prise du…
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Auteur: redaction

