On est toujours heureux d’assister aux scènes de liesse qui accompagnent la chute d’un dictateur. La joie qui s’est emparée de Damas, dimanche, était à proportion de ce que Bachar al-Assad a infligé à son peuple, de crimes, de tortures, d’emprisonnements arbitraires. Très symboliquement, c’est l’ouverture des portes de la terrible prison de Sednaya qui a rendu concrète la victoire des insurgés. Le mot « libération » prenait soudain tout son sens. On vit ensuite les portraits géants du tyran jetés à terre et déchirés. Les statues abattues et brisées. La vengeance ne frappait que les symboles. Elle épargnait les sympathisants du régime, comme l’avait souhaité Abou Mohammed al-Joulani, chef du mouvement islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS).
Nous avons vu, dans le monde arabe, tant (…) de révolutions qui se sont crues victorieuses que l’on se garde de trop d’illusions.
La joie était aussi à la mesure de la surprise. Qui pouvait croire que ce régime épouvantable qui avait résisté à la révolution de 2011, au prix du pire des massacres (on parle de 600 000 morts entre 2011 et 2018), allait s’effondrer en un claquement de doigt, et que le dictateur et son clan allaient s’évaporer nuitamment, sans crier gare, pour trouver refuge chez son ami Poutine qui l’avait lâché ? On a sous-estimé la corruption qui gangrénait le pouvoir et la démoralisation d’une armée qui n’était plus disposée à mourir pour les Assad. Mais la fulgurance de la défaite nous en dit long aussi sur la faiblesse de Poutine tout à sa guerre d’Ukraine. Sans parler du Hezbollah libanais écrasé par Israël, et de l’Iran. Assad ne tenait que par eux.
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Nous voilà aujourd’hui devant un avenir incertain.…
Auteur: Denis Sieffert

