La forêt est un lieu où abondent des problèmes pernicieux marqués par l’absence de solutions claires et définitives et, notamment, par la présence d’acteurs aux valeurs conflictuelles. Un conflit permanent y opère entre la conservation de la biodiversité et le développement économique. La recherche forestière conventionnelle est mise en défaut par une telle complexité lorsqu’elle implique une approche réductrice ou monodisciplinaire. Elle a désormais pour mission d’appréhender l’incertitude, la diversité et l’hétérogénéité qui président au devenir des forêts.
Le livre Vivre la forêt, coordonné par Jacques Tassin, auteur de plusieurs livres sur les arbres et les forêts, dont Penser comme un arbre, également publié chez Odile Jacob, explore les enjeux d’une recherche forestière rénovée à l’aide d’une démarche critique et réflexive. En sont présentés ici quelques extraits tirés de l’introduction.
Ce livre propose d’entreprendre un pas de côté pour réenvisager, dans toute son étendue et sa complexité, cette fameuse « communauté de destins » prêtée aux avenirs respectifs des forêts et des sociétés. Parler de la forêt, c’est en effet aussi parler des humains, de leurs regards, de leurs rapports et leurs relations aux espaces forestiers, de leurs imaginaires ou des inflexions que leurs ancêtres ou contemporains leur confèrent. En déroulant le fil des forêts, aussi « étrangères » soient-elles, on en arrive toujours aux hommes et aux femmes.
Qu’est-ce même que la forêt sinon le regard que l’on pose sur elle ? Et comment pourrions-nous considérer que ce regard est immuable ou, pire encore, que la forêt est elle-même un objet, sinon inerte, du moins voué à demeurer dans une présumée permanence ? La litanie invariable des chiffres de la déforestation mondiale, engouffrant avec eux une multitude de situations amalgamées sans même en rechercher les causes, intervient…
Auteur: Jacques Tassin, Chercheur en écologie forestière (HDR), spécialiste des rapports Homme / Nature, Cirad

